Journal

Vendredi 22 août 2008

 

Il a grimpé sur la table. Un beau chat tigré .Il vient chercher des caresses. Mais je n’ai pas le temps de lui en donner. J’ai à préparer cet article pour demain. Seulement, il ne va pas m’en laisser le loisir. Il vient s’asseoir juste sur la page que je suis en train de rédiger.

et il lustre ses poils fauve à pointes de lumière. Il est beau et il le sait, et veut que je le sache aussi.

J’admire ses yeux verts rétrécis par le soleil. Peu à peu, je découvre la magie du moment .Il fait bon. Le mistral orchestre  sur le sol la danse des reflets clairs et obscurs des branches sur le sol. Un Perrier dans lequel surnagent des blocs de glace, me fait oublier les 27 degrés de l’air. Bruits doux rires de passants, castagnettes des cigales dans l’arbre lourd de feuilles,  couleurs, tout est multiplié dans ce cocon de chaleur, qu’est Avignon pendant le festival.

Je me souviens aussi de la clarté des échanges : Toutes ces poignées de main, ces prénoms à mémoriser, pour marquer le début d’une ère, celle de la fraternité des gens de même bord  Accueil de François, culture de Richard, gentillesse d’Elsa, fin visage de Franz  dont les yeux sérieux apprennent le sourire  David, guide improvisé pour le jardin des Doms, où après avoir perdu le souffle devant le paysage grandiose du Rhône, nous découvrons le cadran solaire. Il marque minutieusement l’heure sans le décalage, bien sûr…Qu’avait-on besoin de gagner une heure le matin ? On vivait au rythme des saisons et le stress était beaucoup moins répandu qu’aujourd’hui.

Une fourmi qui zigzague sur les fleurs de la nappe semble me donner raison Il faut cesser

de donner prise  au remords stérile de perdre le temps « .Jouir de la paresse… » Comment m’imaginer perdre le temps, alors que je ne l’ai jamais aussi bien utilisé !

Respirer l’allégresse du mistral,  me pénétrer du chant des cigales,  caresser

les ondes chatoyantes de ce chat câlin…Voilà qui me réconcilie avec cette part de moi-même qui rêvait en silence… Toute ma vie scintille de l’or des papillons éphémères de l’heure.

Par Florence
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Lundi 4 août 2008

Je pose
sur la page
des choses
des images
le trop plein
qui jaillit
sans frein
de ma vie
ce regard
cette chanson
par hasard
sans réflexion
ces amitiés
ces prières
ces clartés
non éphémères
qui font naître
malgré le noir
le bien-être
de l'espoir

Par Florence
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Vendredi 27 juin 2008

 

Journal du 7 septembre   La photo

 

Le jour de mon anniversaire, il me fit la surprise tôt le matin, de m’apporter un bouquet d’œillets et de tubéreuses, mes fleurs préférées.

-          Comment as-tu su ?

-          C’est mon secret, me répondit-il, en m’ouvrant les bras.

Un déclic se fit en moi. Je répondis de tout mon cœur à son baiser. Il effaçait la laideur par sa simple présence, par son honnêteté sa prévenance de gentleman. Le soir, nous allâmes danser en tête à tête. Il chuchota à mon oreille :

-          Je t’aime depuis si longtemps. Depuis une éternité…

-          Ton éternité, c’est un peu moins de deux ans, il me semble

-          Depuis  que je t’ai vue au feu de camp des scouts, le jour de la promesse

-          Tu dois faire erreur, j’ai quitté le mouvement il y trois ans et demi, et on ne se connaît que depuis presque deux

-          Tu veux une preuve… Regarde…

Il sortit de sa poche, une photo pleine de jeunes, J’y étais au centre, avec mes

gamins. La photo datait effectivement de quatre ans.

Nous nous fiancâmes deux mois après.

Par Florence
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Lundi 16 juin 2008

Le ventre de ma mère s’arrondissait de plus en plus. C’est pour bientôt, disait-elle, et je rêvais de ce bébé qui bougeait bien visiblement et prenait ses aises au plus chaud de la vie. Comment serait son visage, le son de sa voix, j’y pensais pendant des heures, et le temps passait…

Le 19 juin, maman revint enfin de l’hôpital, avec la merveille des merveilles, si petit, si beau, que je l’adoptai d’emblée, comme un fils plutôt qu’un frère. Je pris mon rôle fort au sérieux et maman me laissa faire, sans protester, ce que maintenant je trouve bien généreux de sa part.
Les années s’écoulèrent, je commençai à m’occuper de ses études. Il  y réussissait si brillamment, que j’étais fière de lui qui donnait un sens à ma vie.

Par Florence
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Mercredi 11 juin 2008

Avec les vacances, une grosse déception : J’étais presque guérie, mais il était hors de question de faire du sport, ou de  prendre des bains de mer, je devais rester sur le rivage pendant que mes frères et sœurs s’amusaient comme des fous, à se mesurer aux vagues. J’appris alors et pour toujours combien le bonheur était chose relative, que je n’avais pas à me plaindre puisque j’avais à présent la possibilité de me lever du lit, et d’être là au bord de la mer. Mais les journées étaient bien longues pour ma nouvelle patience. Mon corps était un geôlier dur et exigeant et ce repos forcé commençait à me peser.

Mon oncle vigilant, m’apporta un jour une plante avec des boutons encore fermés :

-C’est une plante rare, me dit-il, du nard de l’Inde, si tu t’en occupes bien, c’est-à-dire si tu l’arroses de café une fois par semaine, elle te donnera sa fleur blanche si parfumée que tu auras le sentiment de ne jamais avoir senti un  parfum de ta vie.

Ces mots attisèrent ma curiosité. Je passai beaucoup de temps auprès de la nouvelle venue, essayant de mon mieux, de rendre son séjour chez nous le plus agréable possible.

Lorsqu’elle décida que l’heure était venue, les petits pétales blancs s’ouvrirent

pour parfumer non seulement les lieux mais mon cœur même. Mon oncle avait raison, je ne faisais que découvrir le luxe inouï des  sensations olfactives…et le charme neuf de  Baudelaire :

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfant….

Par Florence
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Dimanche 8 juin 2008

 

Un jour que je n’oublierai pas fut celui de la chute de mon frère Gérard, mon compagnon de jeu. Sa séquence préférée était celle d’un western américain où deux explorateurs descendaient le fleuve de l’Amazonie en pirogue. J’inventais les dangers au fur et à mesure et il mettait tout son savoir-faire à nous en protéger.

Nous avons navigué ainsi pendant des journées entières sans qu’il s’en lassât jamais. Une fois, ayant un devoir à faire, je refusai de jouer. J’avais à décrire une feuille d’automne. J’avais méticuleusement choisi la mienne parmi le tas posé sur le bureau de la maîtresse. Elle était trop belle pour périr et je l’observais avec attention notant les couleurs, la forme, cherchant les mots qui lui rendraient justice

Mon frère dépité, prit sa bicyclette et sortit dans la véranda où il se mit à faire des tours rapides. Au moment où je lui criais de ralentir, il versa au virage et resta inerte un moment, avant de rouvrir les yeux en gémissant. Ce fut la première fois que j’entrai dans un hôpital .J’étais troublée, la conscience loin de la paix coutumière. Si j’avais accepté de jouer avec lui, il ne se serait pas cassé le pied.

 

Cet épisode malheureux par les remords qu’il causa en moi, eut pour d’autres des côtés positifs. Pendant les deux jours que mon frère passa au service chirurgie, mon oncle préféré, le plus jeune nommé Michel , boute en train et pince sans rire de génie, tomba amoureux de la jeune fille de la chambre voisine, opérée de l’appendicite. Cette jolie brunette fut conquise également, et tout le monde s’accorda à dire qu’à toutes choses malheur est bon, Mes remords s’estompèrent mais j’eus d’autres inquiétudes à gérer…Il était question de mariage et je me demandais si j’allais perdre l’oncle qui avait pour moi tant de patience et d’affection.

Par Florence
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Jeudi 5 juin 2008

                                                                      Journal du 25 mai

Je n’avais pas d’amies de mon âge, mais j’avais mieux, j’avais des gens qui partageaient la même passion. J’ai déjà parlé de la gentille marchande  qui essayait de m’apporter les nuances les plus rares, ce qui me rendait royalement indécise devant l’œillet à choisir. Il me reste à parler du jardinier, et des arbres de notre petit royaume, qui produisaient de petites fleurs blanches très odorantes. Et cela, je ne l’ai découvert que fortuitement: Des filles gesticulaient devant un arbre immense. La curiosité l’emporta. Que se passait-il dans les branches ? Je voulus le savoir et j’attendis. Je ne vis pas descendre le chat que je supposai la raison de toute cette agitation, mais un homme buriné par le soleil qui distribua aux plus quémandeuses des gerbes de ces petites fleurs. Je restai silencieuse, mais il me regardait, et écarta celles qui étaient plus proches de lui, pour me tendre le précieux butin. Ah, leur parfum…Il me suffit de fermer les yeux pour le humer dans sa perfection définitive. Il m’en offrit souvent par la suite, chaque fois que les boutons s’ouvraient au soleil. Et mon cœur s’ouvrait à cette amitié qui m’offrait l’univers entier, en silence

Ce souvenir est si fort en moi, que jusqu’à maintenant, les amis savent qu’au cas où… il leur faudra grimper aux arbres pour me rapporter un peu de cette joie inoubliable.

Par Florence
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Mercredi 4 juin 2008

Journal du 22 mai

 

Pourquoi aujourd’hui, ai-je pris cette décision de commencer ce journal ? Est-ce par désir orgueilleux de laisser une trace ?  Ou plutôt de participer avec mes humbles notes à la grande voix des destins humains ?

Quelle importance ?


Mes souvenirs bruissent autour de moi et explosent de couleur, Ils veulent accaparer
mon esprit, se couler en mes doigts pour que je les couche sur l’écran. Je ne résiste pas plus longtemps.

L’image la plus lointaine que je garde de mon enfance, est celle d’une marchande de fleurs qui se postait tous les matins avec son panier d’œillets devant la porte de l’école.

Et tous les matins, je mettais mes sous dans sa grande main pour qu’elle me laissât choisir à mon gré, les deux que je trouvais les plus belles. Toute la journée, je les regardais à la dérobée, dans mon bureau où elles gisaient dans un coton imbibé d’eau.

Je ne suivais pas le cours, et savais déjà  trouver mes joies ailleurs. Mes compagnes se moquaient de cette manie qu’elles trouvaient ridicule, et je n’avais pas d’amies. Pis encore, parmi les grandes, deux me persécutaient en m’empêchant d’aller à la cantine. Un jour, cependant, je me révoltai sans savoir pourquoi, j’allai dans la grande cour, les cherchai et me plantai devant elles en les regardant droit dans les yeux. Je ne sais comment mais elles reculèrent, peut-être à cause de la surveillante qui venait dans notre direction. En tout cas, elles en prirent leur parti, et je ne les vis plus jamais se mettre sur ma route.

                                                                     
Par Florence
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